Les dernières expositions
Mohamed BOUROUISSA, Lu HAO, Chourouk HRIECH et Yvan SALOMONE

Ces 4 artistes contemporains ont présenté, pour la première fois, leurs travaux sur le chantier du T3 à l’occasion de l’exposition Nouveaux Tableaux parisiens au pavillon Carré de Baudouin de janvier à mars 2011.

Mohamed Bourouissa
Né en 1978 à Blida en Algérie, il vit et travaille à Paris.
Diplômé de l’École Nationale des Arts décoratifs, spécialisation photographie, Mohamed Bourouissa s’intéresse aux territoires et aux problématiques de la banlieue où il a grandi, mais en les traitant comme un objet plastique, conceptuel et artistique. Evoluant entre documentaire et fiction, Mohamed Bourouissa est très attentif aux lignes de force, aux diagonales, à la distance entre les personnages, à la circulation des regards, au rythme de l’image. Il s’inspire des réalités quotidiennes qu’il met ensuite en scène en y intégrant ses références picturales, comme le peintre Eugène Delacroix ou le photographe Jeff Wall. Ses oeuvres deviennent ainsi des tableaux d’allégories contemporaines ou de mythes urbains.
Pour le projet artistique du tramway T3, Mohamed Bourouissa réalise 20 photographies (allant du format 60×80 cm à 137×165 cm) ayant pour base les zones délaissées du chantier où travaillent et parfois vivent des personnes devenues presque invisibles.

« Il s’agira de mises en scène oniriques pour éviter de tomber dans le misérabilisme. Au cours de mes marches le long du tracé du T3, j’ai pu m’apercevoir qu’il y avait des endroits habités dont on n’avait même pas conscience. Il s’agit de rendre compte de ces traces et de construire des images avec des gens habitant les lieux. Le sujet me permet de rendre compte de cette dissymétrie qui existe entre la construction du tram et cet espace de vie qui se transformera. »
Mohamed Bourouissa (février 2009)

 

Lu Hao
Né en 1969 à Pékin, où il vit et travaille.
Lu Hao a suivi les cours de l’Académie centrale des Beaux-Arts de Pékin. Son œuvre témoigne des transformations de la Chine contemporaine et plus particulièrement des bouleversements qu’a connus la capitale au cours des trente dernières années, avec la disparition d’anciens quartiers dans lesquels il a grandi. Lu Hao a notamment peint, sur cent mètres de rouleaux de soie, le panorama de l’avenue Chang’an à Pékin, avenue passant devant la Place Tien An Men et la Cité interdite, où les bâtiments historiques côtoient les immeubles modernes. Très attaché à l’histoire de son pays, Lu Hao regrette d’ailleurs la destruction de pans entiers d’architectures qui véhiculaient culture, tradition et civilisation.
Pour la mission qui lui a été confiée à l’occasion du chantier du T3, le peintre a recours à un procédé chinois utilisé avant l’invention du papier, le « Han Jian » (support fait de tiges de bambous reliées par des fils). Après avoir intégré dans son ordinateur toutes ses photos pour en composer une seule image, Lu Hao va sélectionner les sites qui suscitent le plus son émotion. Le tableau final deviendra une « fresque » d’une vingtaine de mètres où toutes les transformations du site seront répertoriées. L’exposition permettra de montrer les premières esquisses de cette oeuvre qui sera livrée au terme du chantier.

« La technique de la peinture à l’encre de Chine de couleur sera adoptée pour montrer les bouleversements à venir sur le chantier. Des contrastes d’atmosphère seront privilégiés pour enregistrer ces modifications. Six à huit peintures seront produites, gravées dans le bambou chinois traditionnel. Ces tiges de bambou étaient très utilisées durant la dynastie chinoise des Han. La dimension totale des tableaux sera d’environ 50 cm par 20 m. »
Lu Hao

 

Chourouk Hriech
Née le 18 août 1977 en « pays » Bressan, elle vit et travaille à Marseille.
Diplômée d’histoire puis de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon, Chourouk Hriech développe son travail essentiellement autour du dessin, basé sur des reportages photos et vidéos réalisés sur le terrain. Passionnée d’archéologie, l’artiste sonde, creuse, fouille les territoires en mutation. Elle opère ce qu’elle nomme des « prélèvements graphiques dans l’espace, habitable ou pas ». Elle crée des fragments de paysages urbains, d’immeubles, de rues, selon des dynamiques qui ne cessent de varier.
Pour le chantier du T3, celle qui aime se définir comme une « conteuse de fables contemporaines » ou une « peintre qui dessine » vient régulièrement observer, photographier sous différents angles les étapes de la construction du tracé. Chourouk Hriech archive ensuite ces images, les « déconstruit » avant d’en restituer sa vision à travers 48 dessins à l’encre de Chine, au feutre ou au rotring, à raison d’un par mois. Ces illustrations nous racontent le quotidien du tramway, de ses ouvriers et de ses riverains, comme une fresque dessinée, une pellicule de film que l’on déroulerait sur un espace de quatre années.

« Pour ces dessins, j’ai envie d’abandonner la référence de construction à un point fixe pour favoriser une élaboration graphique par le réseau ; soit rejouer des lignes et des figures, ainsi que des rapports constitués d’une pluralité de centres d’intérêts. Chaque élément du dessin y sera solidaire de tous les autres. Ici l’espace du réseau sera défini par sa croissance, son cheminement, son ouverture. J’opte ainsi pour une analyse graphique des mutations de ce territoire ; j’opte également pour le suivi et la retranscription de cette dynamique de transformation. Je propose ainsi des fresques dessinées pour suivre quelle est la « trame » de cette histoire. »
Chourouk Hriech (octobre 2008)

 

Yvan Salomone
Né en 1957 à Saint-Malo, où il vit et travaille.
Yvan Salomone peint depuis dix-huit ans des aquarelles qu’il réalise à partir de ses photographies. Jusqu’à présent, il a surtout posé son regard sur des territoires en mouvement, en déshérence… tels que les périphéries des villes, les zones portuaires, les intervalles indécis entre le ciel et la terre, entre la terre et la mer, entre la ville et l’usine. Autant de lieux de transits multiples, d’où peut se déployer l’activité humaine, ou bien d’où elle est exclue. De 1989 à 1991 il travaille sur des séries de dessins de grand format.
À partir de 1991, il introduit l’aquarelle dans son travail : il peint entre autres des aquarelles basées sur des photographies qu’il prend sur la côte française.
Aujourd’hui, l’artiste malouin installe ses appareils photographiques et ses pinceaux sur le territoire du prolongement du T3 pour témoigner du bouleversement et du renouveau des boulevards des Maréchaux. Pendant toute la durée du chantier, il prendra des centaines de clichés et en sélectionnera trente-deux, qui deviendront autant d’aquarelles au format 104×145 cm, à raison de huit par année. La technique de l’aquarelle permet à Yvan Salomone de réinterpréter les documents qu’il saisit, d’entrer dans le paysage, d’en dégager les éléments et de leur donner le visage qu’il souhaite. Le travail de l’artiste breton consiste alors à décomposer l’image produite, à découvrir ses failles et à réorganiser la perspective en utilisant la couleur comme chemin de lecture.

« Si, selon la définition, un paysage est un tableau représentant la nature où les figures et les constructions ne sont que des accessoires, force est de constater que dans mes aquarelles il n’en est rien. Celles-ci ne sont pas une réalité géographique mais plutôt une élaboration mentale traversée par un réseau de failles. S’il s’agit bien à chaque fois de la représentation de zones existantes en mouvement, aucun élément ne permet de les situer avec précision, de les attribuer à un pays, tant la vision est désorganisée, puis réorganisée. Les zones dépeintes sont des lieux de multiples transits, où se déploient et implosent les produits de l’activité humaine. C’est une zone expérimentale, suspendue de toute présence, avec des mobiles et des immobiles. »
Yvan Salomone